[Vu !] Suicide Squad, un escadron en demi-teinte

CINÉMA – La guerre fait rage entre les deux monstres du comics américain pour savoir qui se taillera la plus grosse part du lion dans les salles obscures. Dernière cartouche dégainée par DC Comics, le film Suicide Squad, mettant en scène une bande de super-vilains surpuissants recrutés pour exécuter des missions perdues d’avance où la seule possibilité de réussite est synonyme de non retour.

Une escouade bancale

Suicide Squad est un film qui se revendique comme étant une avalanche visuelle, colorée et rythmée par une bande son omniprésente. La scène d’introduction nous laisse rêveur et nous met dans une ambiance qui monte progressivement en intensité, comme si le réalisateur voulait placer son public dans un Space Mountain, montant au sommet. Mais là est tout le problème, la sauce retombe avant même d’avoir pris et après être arrivé au sommet, tout s’arrête, la machine tombe en panne avant le grand frisson. Là où on s’attend à s’attacher à plusieurs personnages pas très fréquentables, on nous sert Will Smith sous toutes ses formes, avec ses mimiques habituelles qui n’ont pas changé depuis Wild Wild West. Personnage omniprésent à l’écran, Deadshot prend tout de suite la place de leader, laissant les autres sur le carreau. Seule Harley Quinn s’en tire grâce à sa plastique mise et remise en valeur et ses répliques pas toujours drôles mais rafraichissantes, et El Diablo, la latino incendiaire en pleine crise d’identité. Par contre d’autres membres de l’équipe n’ont pas autant d’honneur, à l’instar de Slipknot, dont il faut lire le nom au générique sinon il resterait l’homme sans nom, sous exploité et bâclée tant dans la conception que l’utilisation. Il en va de même pour Captain Boomerang, qui passe son temps à boire des bières et Katana dont les raisons de sa présence restent obscures. Au final la majorité du groupe reste inconnue pour le spectateur, forcé de regarder la vie de Will Smith en père de famille sniper, oscillant entre sa conscience et son porte-monnaie. Que dire du couple formé par Flag et l’Enchanteresse ? D’un côté nous avons un soldat taillé dans un manche à sucette, et de l’autre une sorcière qui se prend pour une danseuse tahitienne, avec un déhanché plus ou moins douteux.

Quand faut y aller, faut y aller !

Tout ce joli monde se retrouve alors contraint d’obéir aux ordres d’un agent fédéral limite plus dangereuse qu’eux, afin d’accomplir une mission qui patauge dans la semoule. Même si le but de l’ennemi est clair, bien que trop classique, la manière de faire part un peu dans tous les sens. Pas mal de longueur dans les scènes (surtout celles de Will Smith, mais là, je commence à me répéter), et un découpage qui sent le sabrage en bonne et due forme par la production. Ce film est censé apporter nouveauté et fraicheur dans un univers où tous les personnages ont déjà été vu et revus, mais il n’arrive qu’à gratter la surface sans jamais aller dans le vif du sujet. On dirait qu’il manque une dose d’audace, d’impertinence comme on a pu le voir sur le très décomplexé Deadpool. Les héros sont hésitants, ils sont méchants, mais pas trop, sans pitié, mais pas trop, et ils détestent la terre entière, mais juste pendant une partie du film (découvrant l’esprit d’équipe comme par magie en cours de route). Certes les scènes d’actions nous en offrent pour notre argent, on s’amuse même à remarquer les reprises de certaines couvertures de comics en guise de clin d’œil du réalisateur. Mais ça ne suffit pas. La bande son est très présente (trop même) dès le début du film, comme si on voulait guider le public dans le ton du film. Mais là où on attend une équipe déjantée et sanguinaire, on nous livre une bande de post ados costumés, en mal de sensations fortes.

Le joker, la carte qui fait béquille

La bande-annonce nous présentait un tout nouveau Joker, avec un look qui fait le buzz, et un acteur qui a joué le jeu. Véritable centre d’attention de la presse quelques mois avant sa sortie, l’attente était grande autour de ce personnage et nombreux ont été les fans et journalistes déçus par le manque de présence de Jared Leto à l’écran. On aime ou on n’aime pas son interprétation du Joker, mais lorsque l’on survend un personnage, il faut au moins l’utiliser, et non pas le placer ici où là avec juste quelques répliques. Son côté chef de gang bling-bling peut en rebuter certains, mais au moins on ne peut pas nier que l’approche est originale. Il en va de même pour Batman qui, annoncé comme étant présent dans le film, nous laisse un peu sur notre faim. Comment arriver à croire qu’une immense menace détruit des quartiers entiers sans qu’aucun héros, qu’il soit en groupe ou complètement solitaire et borné, ne débarque pour tenter d’arrêter tout ça ? Peut-être y avait-il des panneaux pour délimiter le secteur, « attention, quartier réservé au Suicide Squad » ? Quoi qu’il en soit, on décroche vite et on ne s’identifie jamais vraiment à ses héros dont on ne sait rien (à part Will Smith bien sûr, mais ça, vous le savez déjà), et qui accomplissent une mission dont on ne sait pas grand-chose non plus.

Suicide médiatique, résurrection au box office

Au final, Suicide Squad était une bonne idée, mais la réalisation pêche par de nombreux points négatifs, entre l’inégal traitement des personnages, le manque d’explication des situations, et la volonté affirmée mais raté de vouloir apporter de l’humour dans un film qui n’en avait pas besoin d’autant. La presse internationale n’a pas manqué de souligner tous ces points, en rajoutant même beaucoup, transformant ce film en bouillasse illisible que tous déconseillent d’aller voir. Mais faire de la mauvaise pub, c’est faire de la pub quand même, et le public aime bien se faire son propre avis et à force d’entendre du mal de ce film, tout le monde a voulu en savoir plus. En définitive, le point faible de Suicide Squad est devenu son atout, car le nombre d’entrées a bien dépassé les espérances de ses créateurs. Une jolie pirouette pour un film plein d’acrobaties.

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