[Lu !] Poison City, tome 1

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PoisonCityT01-Jaq Titre : Poison City vol. 1
Scénario : Tetsuya Tsutsui
Dessin : Tetsuya Tsutsui
Éditeur : Ki-oon
Format : 13 x 18 cm – 242 pages – N&B
Collection : Seinen
Genre : Science-Fiction
Date de sortie : 12 mars 2015
EAN : 978-2-35592-791-1
Prix : 7,90€
Nb de volumes : 2 (série terminée) – 2 éditions

© Tetsuya Tsutsui / Ki-oon

 

Résumé éditeur

Tokyo, 2019. À moins d’un an de l’ouverture des Jeux olympiques, le Japon est bien décidé à faire place nette afin de recevoir les athlètes du monde entier. Une vague de puritanisme exacerbé s’abat sur tout le pays, cristallisée par la multiplication de mouvements autoproclamés de vigilance citoyenne. Littérature, cinéma, jeu vidéo, bande dessinée : aucun mode d’expression n’est épargné. C’est dans ce climat suffocant que Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lance un peu naïvement dans la publication d’un manga d’horreur ultra-réaliste, Dark Walker. Une démarche aux conséquences funestes qui va précipiter l’auteur et son éditeur dans l’œil du cyclone…

 

Les volumes de la série
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[tab name= »Critique »]

MANGA – Signé par Tetsuya Tsutsui Poison City est un manga qui fait réfléchir. Difficile de se dire que la censure puisse exister au Japon tant les auteurs semblent libres de traiter n’importe quel contenu. Libres mais jusqu’où finalement ? Au cœur de ce titre seinen publié par les éditions Ki-oon, Tetuya Tsutsui (Prophecy, Duds Hunt) relance le débat autour de la censure et donc de la liberté d’expression au sein de notre société. Poison City est déjà incontournable.

PoisonCityT01-Jaq

« Retrouvé mort à un carrefour au beau milieu de la nuit, un homme a première vue décédé suite à l’attaque d’une bête sauvage est en fait décédé suite à des morsures humaines. L’expertise médico-légale est formelle. En peu de temps des cas de cannibalisme se déclarent et on assiste à l’émergence d’une nouvelle maladie galopante. » Pour le scénario réaliste et saisissant de son manga d’horreur, le jeune Mikio Hibino a travaillé d’arrache-pied. Et c’est payant. Son premier manga Dark Walker va enfin être publié dans le magazine Young Junk. Malheureusement le climat général est tendu. La vigilance semble régir la société japonaise. A l’origine du phénomène, les Jeux Olympiques dont l’édition de 2020 se déroulera dans moins d’un an, et le Japon a besoin de se faire image jugée comme irréprochable. Ainsi le gouvernement promeut la « loi pour la littérature saine » qui autorise la création d’un comité de censure qui a désormais le droit de retirer du marché les livres jugés nocifs. Dès lors la publication du manga d’horreur particulièrement violent et explicite de Mikio semble compromise en l’état. Mikio va devoir retravailler son titre s’il ne veut pas le voir censuré…

L’histoire dans l’histoire

Le manga démarre en peine action sur une histoire de cannibalisme provoqué par un virus. Au bout de quelques pages, le lecteur réalise qu’il lit une histoire dans l’histoire et que ce n’est pas celle ce Poison City mais celle écrite par Mikio Hibino un jeune mangaka qui présente son projet à un éditeur.
Le lecteur bascule de l’autre côté du miroir et découvre les coulisses du monde de l’édition. A la différence d’un Bakuman (Kana) au ton léger mais technique ou de Yako et Poko (Komikku) à la fois drôle et  nostalgique, Poison City dénonce la censure.

Poison City, ou quand un manga parle de censure. Sorti cette année, cette série en 2 volumes est signée du mangaka Tetsuya Tsutsui. Coutumier des séries courtes il maîtrise son style impactant pour aller droit au but. Ici, dans le Japon qu’il dépeint avec force de détails, est un Japon contre-nature. Sous prétexte de préserver la jeunesse d’œuvres qualifiée de gênantes et de violente, un comité de censure a mis en place une réglementation si stricte qu’elle s’associe simplement à de la censure. Les créations littéraires doivent dorénavant respecter bien des codes pour avoir une chance de passer à travers les mailles du filet et ainsi échapper à la censure. Le nivellement par le bas, le lissage systématique des œuvres entrainent finalement les auteurs eux-mêmes à se censurer.
Tout est parti d’une œuvre signée par un mangaka reconnu lorsque la réalité a dépassé la fiction et que des faits réels semblent inspirés de son manga.
Désireux d’être enfin publié, le jeune homme, bien qu’hésitant, accepte finalement de réécrire et redessiner à plusieurs reprises son manga. Mais retouchée encore et encore, l’histoire de Mikio est dénaturée. On est loin du manga d’horreur qu’il souhaitait voir publier et pourtant sa publication se retrouve tout de même dénoncée avec pour conséquence le retrait des kiosques du magazine de l’éditeur.
Le comité de censure a désormais une place dominante sur la création dans le Japon décrit par Tetsuya Tsutsui. Cette vision horrible de la mort de la liberté et la création est un sujet qui le touche particulièrement.

Quand la réalité anticipe la fiction

Ce qu’il faut savoir c’est que Tetsuya Tsutsui parle surtout d’expérience. Tetsuya Tsutsui (Prophecy) apprend en 2013, soit cinq ans après les faits, que le  premier tome d’une de sa série Manhole a été censuré par l’agence pour l’enfance et de l’avenir (section des affaires sociales et de la santé) du département de Nagasaki pour motif d’ »incitation considérable à la violence et à cruauté chez les jeunes ». Après s’être renseigné, le mangaka découvre que chaque livre est examiné par un comité de 39 personnes qui s’appuie un système de ratio pour déterminer les œuvres «nocives pour les mineurs» le pourcentage de nocivité c’est le ratio entre le nombre de pages au contenu jugé nocif divisé par le nombre global de pages de l’œuvre).

En plaçant son histoire dans le futur, même proche, l’auteur fait de Poison City un titre d’anticipation. Mais c’est donc en puisant dans son propre parcours professionnel que l’auteur puise la source de Poison City. En considérant la décision envers Manhole comme arbitraire et injustifiée, il a cherché à savoir sur quels critères est jugée une œuvre avant de se faire cataloguer. Il se révolte de ne pas avoir été tenu informé à l’époque et de ne pas avoir pu se défendre sachant que les autres départements japonais n’ont pas été aussi sévère ni censuré le titre. Il est particulièrement appréciable de retrouver à la fin du volume le texte « Les origines du projet » présentant la mésaventure de l’auteur qui permet de prendre vraiment la dimension du titre.

A l’aide de Poison City, Tetsuya Tsutsui revient sur sa propre expérience et relate une dérive exponentielle de la supervision de la création par un Comité tout puissant. Il rappelle d’ailleurs que ca n’est pas le seul puisqu’il évoque le système de régulation américain « Comics Code » qui défendant une ligne éditoriale patriote et manichéenne et qui, bien que révolu aujourd’hui, a résolument marqué le monde de la bande dessinée américaine.

Poison City nous fait nous interroger sur la censure, ses raisons et ses limites. Jusqu’où peut-on aller dans la liberté d’expression ? Faut-il mieux braver l’interdit au risque de ne plus pouvoir travailler voire s’exprimer ou au contraire respecter l’ordre établi car on ne vit pas que de son art.

A travers une histoire fictive empreinte de réalisme et de crédibilité, l’auteur donne matière à réfléchir. Ici Tetsuya Tsutsui a pris ses crayons pour défendre la liberté d’expression avec un manga passionnant autour d’un sujet d’actualité particulièrement sensible. A lire absolument.

Auteur : Tetsuya Tsutsui
Format : 13 x 18 cm – N&B
Editeur : Ki-oon
EAN : 978-2-35592-791-1
Prix : 7,90 €
Date de sortie : 12 mars 2015

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Ender

Ender

Claire "Ender" a fait de la communication son métier. Si sa curiosité professionnelle l'a poussée à créer son blog, c'est bien sa passion de la culture et de l'entertainment qui la motive à le développer au quotidien.

Une réflexion sur “[Lu !] Poison City, tome 1

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